Bordeaux, des Lumières au phylloxéra
Oliveau, Timbaudy, Berry. Vers 1768, Bordeaux est le premier port de France, enrichi par le vin et le grand commerce atlantique. La Révolution frappe la ville girondine (Terreur de 1793-94), le blocus continental l'asphyxie, puis le vin la relève (classement de 1855). Le phylloxéra, dès les années 1870-80, ravage le vignoble et ruine des milliers de familles.
L'aïeule espagnole
Née au Pays basque vers 1829, Ursule Lataillade grandit dans une Espagne déchirée par les guerres carlistes et la misère rurale, qui poussent Basques et Navarrais vers le Sud-Ouest français. Sa venue à Bordeaux s'inscrit dans cette grande migration transfrontalière.
Nîmes, Paris, le Venezuela
Alfred Fromentin et les Ogerau. Nîmes, cité industrielle et protestante du textile (le denim) et de la soie. Dans la France travaillée par la question sociale et l'anarchisme, Alfred passe du télégraphe au grand négoce puis au financement libertaire. Il part au Venezuela pour les câbles sous-marins et y rencontre Marie Ogerau, dont le frère Charles tient un studio photo en vogue sur les Grands Boulevards.
L'Île de Ré : les artisans du bois
Les Bodard et les Penaud sont de l'Île de Ré, pays de sel, de vigne et de petit cabotage. Étienne Germain Bodard y est menuisier-ébéniste ; beaucoup d'artisans rétais gagnent alors La Rochelle. En une génération, la famille passe de l'échoppe insulaire aux légations diplomatiques.
La Rochelle et la diplomatie coloniale
De cette France provinciale et maritime sort Albert Bodard, dont la carrière épouse l'apogée coloniale : la Chine des concessions après les Boxers, l'Afghanistan qui s'ouvre sous Nadir Shah, l'Éthiopie envahie par l'Italie, l'Iran, le Mexique, puis le choix déchirant de 1940. Sa fille Françoise naît à Kaboul.
Quatre lignées d'amiraux
Le Breton Oliveau, Rouyer, et deux familles Adam. Sous la IIIe République, on sert dans les grands arsenaux (Toulon, Brest, Rochefort) : du Tonkin et de Madagascar à la Grande Guerre. La génération suivante affronte 1939-45 : la flotte sabordée à Toulon en 1942, l'École navale de Marcel Adam repliée à Casablanca en 1943, au temps de Darlan. Puis la marine de la reconstruction et de la guerre froide, jusqu'à Cherbourg.
Condé-sur-Noireau et le Niger
La famille de Bernard Lucas est de Condé-sur-Noireau, petite ville textile du bocage normand. En août 1944, prise dans la poche de Falaise, la ville est détruite à 95 % et une partie de la famille périt. Bernard, lui, fait carrière à l'autre bout du monde : dans le Niger indépendant, où il dirige la radiodiffusion et le pionnier Télé-Niger.
Ce qui a fait bouger la famille
Plusieurs moteurs reviennent : les crises de Bordeaux (Révolution, blocus, phylloxéra) qui déplacent les fortunes ; la misère et les guerres civiles espagnoles ; les carrières de marine et de diplomatie qui déracinent par principe, de port en port jusqu'en Chine ou en Afghanistan ; enfin les deux chocs du XXe siècle, la destruction de Condé en 1944 et la décolonisation, qui envoient la génération de Bernard Lucas encadrer les jeunes États africains.